Les 10 jeunes qui vont revolutionner le multivers en 2026
Ils ont moins de trente ans, viennent de dix univers differents et partagent la meme obsession : montrer que la creation n'est plus separee de la recherche. Voici le portrait des dix jeunes talents que les redacteurs, galeristes et investisseurs s'arrachent deja en 2026.

Le rendez-vous avait ete fixe a 17 h 40, sur les marches de l'Institut Helios, un immeuble dont la facade de pierre claire sert deja de decor a la moitie des portraits officiels du printemps. Pourtant, l'ambiance n'avait rien d'une operation de communication classique. Les dix invites de cette liste arrivent d'univers differents, mais ils ont en commun une maniere tres contemporaine de travailler : ils melangent les ateliers, les laboratoires, les studios, les donnees publiques et les outils civils comme si ces frontieres n'avaient jamais existe.
Leur passage sur Alpha n'est pas une curiosite mondaine. Galeries, incubateurs, villes-test, diffuseurs independants et ecoles suivent deja leurs projets. Certains presentent une oeuvre, d'autres un protocole, d'autres encore un objet dont on comprend mal au premier regard s'il releve du design, de la recherche appliquee ou de la scene. C'est justement pour cette raison que nous avons voulu les reunir dans un meme reportage.
Naim Solberg
A 24 ans, Naim Solberg a deja la reputation d'un urbaniste qu'on appelle quand une ville veut rendre ses flux plus lisibles sans ajouter une couche de surveillance. Sur Delta-4, il a mis au point des bancs, des passages couverts et des facades actives qui transforment les deplacements anonymes en signaux sonores tres doux. Le principe est simple : au lieu de suivre les gens, ses dispositifs lisent la densite, la cadence et le vent, puis convertissent ces donnees en reperes audibles. On sait ou ralentir, se rassembler ou contourner une zone saturee.
Ce qui frappe chez lui, ce n'est pas le discours mais la precision. Naim arrive a l'entretien avec une maquette pliante en laiton et une facon tres calme d'expliquer que le confort public est une infrastructure. Des galeries le courtisent, mais il insiste pour travailler avec des collectivites, en public. Son prochain chantier sur Alpha serait un parvis qui aide les visiteurs a se reguler sans injonction visuelle permanente.
Liora Venturi
Liora Venturi, 22 ans, compose comme d'autres dessinent des cartes. Ses partitions ne servent pas seulement a etre jouees : elles indiquent comment un lieu doit respirer. Sur Parme-8, elle s'est fait connaitre en transformant des halls ferroviaires et des salles d'attente en sequences d'ecoute qui abaissent le niveau de tension collective. Elle travaille avec des chanteurs, des acousticiens et des personnels d'accueil, puis ecrit des suites tres courtes, presque imperceptibles, qui se placent dans les zones ou le stress monte avant meme que les mots ne manquent.
Dans la seance photo, elle parle peu, mais elle remarque tout : l'echo des marches, la durete du cuivre dans les portes, le rythme des visiteurs qui contournent les trepieds. C'est ce regard qui passionne les diffuseurs. Liora n'oppose jamais art et service public. Elle veut au contraire que la composition redevienne un outil d'usage, capable de rendre un lieu plus supportable. Plusieurs theatres d'Alpha suivent deja ses protocoles de pre-ouverture.

Sacha Osei
Le travail de Sacha Osei tient a la fois du studio de mode, du laboratoire humide et de l'atelier de secours. A 27 ans, il fabrique des textiles qui ne reagissent pas pour faire joli, mais pour redistribuer le confort. Ses fibres changent de porosite selon l'humidite, la densite de foule ou la temperature radiante. Sur Omicron-12, ses manteaux ont d'abord equipe des equipes mobiles de secours, avant de devenir des pieces recherchees par les musees de design. Il prefere pourtant imaginer ses tissus dans les transports, les ecoles et les logements precaires.
Pendant la rencontre, il laisse tout le monde toucher la doublure turquoise d'une veste de demonstration. Le tissu reste souple, mais absorbe et relache la chaleur avec une regularite troublante. Sacha parle de maintenance, de cout, de durabilite, jamais de magie. C'est probablement ce qui convainc autant les acheteurs que les scientifiques : son travail a une allure spectaculaire, mais il est pense pour durer, se reparer et circuler.
Yelena Ko
Yelena Ko n'est pas venue avec une bande-annonce, mais avec un carnet de temps. La realisatrice de 25 ans s'est specialisee dans ce qu'elle appelle la lumiere lente : des dispositifs de tournage capables d'etirer des microvariations lumineuses normalement perdues pour l'oeil humain. Sur Kappa-Sud, cette approche a d'abord servi a l'observation scientifique des materiaux instables, avant d'entrer dans le champ artistique. Ses films montrent des visages, des tissus, des vitres, des fumees ou des eaux tres ordinaires, mais dans des durees qui donnent l'impression de voir la pensee d'un lieu passer a sa surface.
Ce qui la distingue, c'est sa maniere d'accepter la collaboration technique sans renoncer a la mise en scene. A Alpha, plusieurs operateurs d'exposition la suivent deja pour comprendre comment presenter ses pieces sans les museifier trop vite. Yelena sait que son langage visuel peut vite devenir ornemental ; elle se bat donc pour conserver un contexte d'usage autour de chaque projection. Chez elle, la sensibilite reste une methode.

Idriss Vale
Idriss Vale, 26 ans, construit des instruments qui donnent l'impression de jouer avec la gravite alors qu'ils la mesurent avec rigueur. Sur Orbe-3, ses premieres pieces sont sorties d'un atelier de maintenance spatiale reconverti en fabrique musicale. Il y a appris a travailler les tensions, les inerties et les retards de vibration comme des matieres de composition. Le resultat ressemble parfois a une harpe, parfois a un mobile de laboratoire, parfois a un meuble en suspension. Mais chaque objet est aussi un capteur, un schema et une performance.
Sur les marches de l'Institut Helios, Idriss tient sous le bras un cadre en noyer strie de fils noirs. Il en parle comme d'un prototype de dialogue : une piece qu'on peut aussi bien jouer, accrocher ou brancher a un protocole de demonstration. Ce double usage passionne les commissaires d'exposition. Lui repond qu'il prefere le mot atelier public. On le croit volontiers : il donne le sentiment de vouloir construire des rencontres, pas des reliques.
Mei Arendt
A 23 ans, Mei Arendt est deja citee dans plusieurs notes de politiques publiques parce qu'elle a remis une idee simple au centre du debat : on retient mieux ce qu'on peut manipuler, raconter et transmettre tout de suite. Sur Helix-7, ses recherches ont permis de concevoir des modules d'apprentissage dans lesquels les eleves recomposent une notion par l'usage, sans passer d'abord par l'abstraction. Mei observe les rythmes d'attention, la qualite des reformulations et les effets de groupe, puis transforme ces observations en dispositifs tres concrets pour les salles de classe, les mediatheques et les centres de formation.
Sa presence dans cette liste s'explique par son rare melange de finesse experimentale et de sens du design. Chaque outil qu'elle presente est beau sans etre intimidant, robuste sans paraitre scolaire. Elle sait aussi parler aux artistes, ce qui n'est pas si frequent dans son domaine. Plusieurs residencies sur Alpha veulent deja lui confier des programmes associant art, formation et evaluation publique.
Tomas Ibarra
Le sculpteur Tomas Ibarra a 28 ans et deja une maniere tres singuliere de traiter la matiere : il ne cherche pas a lui imposer une forme definitive, mais a negocier avec ce qu'elle est prete a garder. Sur Feria-2, il travaille depuis six ans avec des alliages souples, des ceramiques reprogrammables et des composites capables de retrouver une geometrie apres deformation. Le monde de l'art adore ses pieces pour leur allure presque ceremonielle. Le monde industriel le regarde pour la discipline de ses protocoles. Lui se situe entre les deux et revendique une pratique d'atelier au long cours.
Dans le reportage, Tomas occupe volontiers la place de l'artisan patient. Il parle moins vite que les autres, touche les surfaces, note les temperatures, demande d'ou vient la pierre du perron. Ce type d'attention a rendu ses installations memorables. Chez lui, la memoire n'est pas un theme decoratif : c'est une propriete partagee entre l'objet, le geste et la personne qui s'en approche.

Aya Novak
Aya Novak, 24 ans, a fait irruption dans les conversations internationales avec un geste pourtant tres modeste : dessiner des cartes qui aident a vivre, pas seulement a comprendre. Climatologue de formation, elle concoit des paysages habitablement precis, dans lesquels les donnees de chaleur, d'humidite, d'ombres, de sols et de circulations deviennent lisibles pour des habitants ordinaires. Sur Boreal-11, ses cartes ont d'abord servi a reconfigurer des quartiers frappes par des oscillations thermiques brutales. Puis des architectes, des pedagogues et des collectifs agricoles s'en sont empares pour fabriquer de nouveaux usages.
Aya a une intelligence de terrain. Elle refuse les images de catastrophe lorsqu'elles paralysent l'action, et prefere montrer des marges de manoeuvre. Son studio fonctionne comme une cellule de traduction entre recherche climatique, design civique et attention sensible. Sur Alpha, plusieurs villes se disputent deja une exposition de ses cartes a l'echelle d'un quartier entier.
Keira Omondi
Keira Omondi est la plus jeune de cette selection, avec 21 ans, et sans doute celle qui deplace le plus vite les lignes entre spectacle, recherche et sante publique. Sur Vanta-5, elle a commence par concevoir des exercices de synchronisation pour des groupes d'etudiants soumis a des environnements cognitifs satures. Ses sequences, a mi-chemin entre la danse, la respiration guidee et la geometrie sociale, ont fini par etre observees par des psychologues, des urbanistes et des programmateurs de festivals. Chez elle, l'abstrait devient immediatement praticable : on entre dans son protocole et l'on sent tout de suite une difference de rythme.
Durant la seance photo, Keira replace spontanement les corps, ouvre les lignes de regard, propose de petits deplacements qui changent tout. C'est sans doute le meilleur resume de son travail : elle ne cherche pas la performance solitaire, mais la qualite de coordination qui permet a un groupe de mieux penser. Dans une epoque de flux permanents, ce n'est pas un detail.

Pavel Nerys
Pavel Nerys, 29 ans, termine cette liste avec un profil que beaucoup de lecteurs croiront d'abord trop technique. Ce serait une erreur. Le mathematicien de Sigma-9 construit des modeles visuels qui rendent des situations publiques extremement complexes presque immediates a saisir. Il travaille sur les budgets, les flux logistiques, les arbitrages d'energie, les temps d'attente ou les effets d'une mesure selon les quartiers. Mais au lieu d'empiler des tableaux, il fabrique des interfaces imagees qui permettent a des equipes mixtes de debattre vite, bien et sans perdre les nuances importantes.
Son influence vient de la confiance qu'il inspire. Pavel ne vend pas un tableau de bord miracle ; il montre ce qu'un modele voit, ce qu'il ignore et comment l'ameliorer. Cette honnetete methodique lui a valu d'etre invite dans des jurys, des groupes citoyens et des laboratoires d'innovation. Sur Alpha, plusieurs institutions veulent deja tester ses outils pour des consultations publiques a grande echelle.
Il y a, dans cette promotion officieuse de 2026, une qualite assez rare : aucun de ces dix noms ne se contente de promettre une innovation. Tous montrent deja un usage, un geste, une scene, un protocole public ou un effet concret. C'est aussi ce qui rend leur venue ici si observee. Ils n'ont pas traverse les mondes pour raconter un futur abstrait ; ils sont venus mettre leurs outils au contact d'un public qui sait desormais juger tres vite ce qui tient, ce qui inspire et ce qui restera.